Développer son travail – Comprendre les métiers
« (…) C’est de la confrontation réfléchie des professionnels avec ce qu’ils font réellement dans leur exercice professionnel que naît la possibilité d’un véritable développement de leur pouvoir d’agir et celle d’un élargissement de leur prise en mai, personnelle et collective de leur métier. » Rapport au SNES, 2009
S’intéresser au métier : une mission du syndicat pour redonner du pouvoir d’action aux professionnel·les
Tandis que les discours institutionnels affichent la nécessaire confiance à avoir dans les professionnel·les, les réformes tendent toutes à prétendre contrôler l’activité et prescrire les « bonnes pratiques ». Loin de chercher à donner aux enseignant·es les outils pour penser leur métier, réduire l’écart entre les objectifs assignés à l’école et la réalité de l’échec scolaire, se multiplient les dispositifs technocratiques qui, sous couvert de pédagogie, dénaturent ce qui fonde le métier.
Les recherches sont nombreuses depuis longtemps sur l’échec scolaire, le système éducatif, les méthodes d’évaluation, tel ou tel dispositif pédagogique particulieri… En revanche, ce que l’on a coutume d’appeler la « boîte noire », c’est-à-dire ce qui se passe en classe au quotidien, comment l’activité de l’enseignant·e rencontre celle des élèves, fut longtemps délaissée. Pour le SNES-FSU, connaître et comprendre la réalité de l’activité professionnelle était une richesse essentielle pour l’élaboration de ses mandats, et pour disputer aux décideurs les critères de qualité du travail.
Cet intérêt s’est traduit par la création d’un premier « groupe métier » au sein du SNES national, en 1990. Après une première recherche conduisant à la création et passation d’un questionnaire auprès d’un échantillon représentatif de professeur·es, le SNES-FSU a poursuivi en prenant un chemin de recherche plus riche et davantage en adéquation avec l’action syndicale : celui de la clinique de l’activité.
i André Tricot, professeur de psychologie à l’ESPE de Toulouse, a mis toutefois en lumière que les méthodologies de bien des travaux dans ces domaines étaient souvent fragiles, surtout dans la mesure de l’efficacité. Dans les pires des cas, la conviction et les certitudes sur quelques observations pouvant se substituer à la réplication d’expériences avec des groupes témoins et des groupes expérimentaux. A. Tricot, L’innovation pédagogiques, Mythes et réalités, Retz, 2017.
Cela a fondé l’engagement, dès le début des années 2000, dans le partenariat que le SNES-FSU a noué pendant une quinzaine d’années avec l’Équipe de Clinique de l’Activité dirigée par le professeur Yves Clot, titulaire de la chaire de psychologie du travail au CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers). Organisé autour de chercheurs·ses en psychologie du travail et de plusieurs groupes de collègues, il donna lieu, au terme de deux phases de recherches de plusieurs années, à la rédaction de trois rapports.
Loin d’une démarche descendante, d’un regard surplombant, il s’est agi dans de petits groupes constitués, d’approcher au plus près l’activité de discuter de ce qui les a motivées, de leurs effets…
Le cadre utilisé permet ainsi, de susciter des controverses professionnelles qui permettent à tous de réfléchir collectivement sur leurs façons de faire et de développer leur métier.
Cette première recherche effectuée avec les enseignant·es fut complétée par une seconde recherche effectuée avec les CPE puis une troisième avec les conseiller·ères d’orientation -psychologues.
Les apports en termes de connaissances, de méthodologies, d’analyses et de formation issues de ces recherches ont été utilisés, entretenus et développés depuis 2010 par des militant·es du SNES-FSU, au sein du secteur national métier et dans plusieurs académies.
La constitution, non seulement de collectifs de professeur·es, mais aussi de CPE et de Conseiller·ères d’orientation psychologues (puis depuis 2017 de Psychologues de l’Education ), a apporté une meilleure connaissance des métiers des autres membres de l’équipe éducative, permettant ainsi d’appréhender l’apport spécifique de chacun et de mieux comprendre leur complémentarité.
Les échanges nourris, souvent passionnés, sur l’activité exercée permettent de rompre l’isolement dont souffrent nombre de professionnel·les, de donner sens à l’intérêt d’un collectif centré sur le métier ; les discussions font aussi apparaître en quoi certaines prescriptions de l’institution sont contraires à la qualité du travail et nourrissent de ce fait la réflexion et la revendication syndicale.
Partenariat SNES-FSU / Équipe de Clinique de l’Activité du CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers), une rapide chronologie :
2001-2004 : recherche
Une première étape a porté sur la possibilité que des enseignant·es acceptent de travailler sur leur travail à partir de traces de leur activité. Pour les spécialistes du travail enseignant la dominante était alors que la classe était une « boîte noire » inaccessible.
Le partenariat SNES-CNAM a permis de créer des groupes de professeur·es en Mathématiques, Histoire-Géographie, Philosophie. Chacun·e fut filmé·e lors de deux de ses cours. Les vidéos firent l’objet « d’auto-confrontations ». D’abord seul·e puis avec un·e collègue, ayant été filmé·e sur la même séquence d’activité. Dans un premier temps chacun·e revisionnait l’extrait de son activité en présence du chercheur qui cherchait à comprendre ce qui était en train de se faire. Puis dans un deuxième temps, les deux professeur·es regardaient ensemble, le film de l’activité de l’un·e et de l’autre et entraient en discussion entre eux et elles sur leurs manières de faire respectives. Chacun·e alors comme l’écrit Y Clot, s’expliquant alors aussi avec le métier. Puis, dans et entre groupes, des débats furent organisés à partir des dilemmes de l’action qui étaient apparus.
La démarche ouvrit la possibilité de mieux affronter les enjeux du travail et concrétisa le sentiment de participer à un collectif de métier. Pour chaque participant·e, le métier se déployait vers de nouvelles possibilités, s’enrichissant de nouvelles ressources.
À l’issue de cette première expérience certain·es des professeur·es participant·es n’ont pas voulu en rester là.
2005-2010 : expérimentation
De nouveaux collectifs de professeur·es sont constitués, (à Orléans-Tours, Créteil, Versailles, Amiens) encadrés par un couple de « professionnel·les-animateur·rices » : un·e professeur·e membre du groupe de suivi CNAM-SNES et un·e professeur·e ayant participé à la première phase.
Cette expérimentation est suivie par les chercheur·ses de l’équipe de clinique de l’activité : Danielle Ruelland-Roger, Jean-Luc Roger, et les duos de « professionnel·les-animateur·rices ». Ainsi la validité scientifique de la démarche est garantie.
L’expérience montre que des collectifs de travail sur le travail peuvent être animés par les professionnel·les eux et elles-mêmes, à condition qu’un cadre soit garanti et que l’expérience des méthodes utilisées amène à s’approprier aussi un certain nombre de concepts.
C’etait la première fois, pour les chercheur·ses de l’équipe de clinique de l’activité, que cette étape était expérimentée.
En 2009, les chercheur·ses de l’Equipe de Clinique de l’Activité (J.-L. Roger, D. Ruelland pour les enseignant·es ; Gabriel Fernandez , M. Bosson pour les Copsy ; R. Ouvrier-Bonnaz et Ch. Werthe pour les CPE) remettent trois rapports au SNES-FSU.
Le rapport sur le métier d’enseignant.e
Le rapport sur le métier de CPE
2010… : élargissement
Une nouvelle phase, a consisté à changer d’échelle pour toucher, dans un cadre syndical, un plus grand nombre de professionnel·les. Ce qui impliquait de transformer le dispositif initialement conçu. Un comité de suivi SNES-CNAM fut institué et le partenariat fut prolongé quelques années sous une nouvelle forme. Un rapport fut publié fin 2012.
… Et depuis, on continue…
Le groupe métier du SNES-FSU, devenu le secteur métier depuis, a donc mis en place, avec l’implication de militant·es académiques, des collectifs locaux de pairs : de PSYEN CPE, documentalistes, enseignant·es d’une même discipline ou de disciplines différentes, de collège et/ou de lycée. Un groupe de pilotage national assure la mise en œuvre et la cohésion d’ensemble. Il aide, en les encadrant, la mise en place de groupes locaux, dans le but de les faire devenir peu à peu autonomes.
Le secteur soutient l’organisation de stages académiques pour diffuser des contenus théoriques issus de la recherche sur les questions du travail, de l’activité et des métiers appliqués à la situation de l’Education nationale. Il peut aussi présenter le dispositif des collectifs de pairs, les questions de métier qui émanent de ceux déjà constitués, assurer grâce aux débats, aux questions suscitées dans l’animation des groupes, un retour vers les concepts théoriques et leurs liens avec les méthodes de la clinique de l’activité. Ainsi les militant·es amené·es à prendre en charge l’animation des groupes peuvent aussi s’approprier toute la démarche y compris ses fondements scientifiques. Ce qui est une expérience très originale pour un syndicat.
Des stages nationaux qui permettent de mutualiser les expériences et de se former ensemble sont organisés annuellement.
Des collectifs de professeur·es, de CPE ou de PsyEn fonctionnent ou ont fonctionné dans les académies de Reims, Orléans, Rennes, Toulouse, Versailles, Aix-Marseille, Nantes, Rouen …
Il ne s’agit plus de recherches, mais d’en utiliser les apports afin de constituer des outils de résistance au nouveau management, de développement de chacun·e des métiers, pour les collègues et les militant·es d’une part, et continuer de nourrir les analyses, l’action et la construction des revendications de l’organisation syndicale d’autre part.
En 2013, la poursuite de la collaboration du SNES-FSU et de l’équipe de clinique de l’activité donne lieu à la publication d’un nouveau rapport.
En 2015, Le SNES-FSU a organisé une journée d’étude intitulée « Métiers de l’enseignement : Aujourd’hui, développer son pouvoir d’agir, reprendre la main sur son métier : Est-ce possible ? » avec la participation de Yves Clot (Cnam), Christine Félix (Ergape) Patrick Mayen (Agrosup), Françoise Lantheaume (Université Lyon-2) et des militant·es du groupe métier
Des membres du groupe métier national ont publié des articles dans la revue Carnets rouges en 2016 et Agone en 2018
« Prendre soin du travail, une exigence pour l’activité syndicale et la défense des métiers » A. Cardoso et C. Remermier in Revue Agone N° 62 2018 : Patronat, syndycats ou salariés : Qui servent les experts ?
« Reprendre la main sur le métier : un enjeu majeur pour les professionnels de l’enseignement du secondaire et une préoccupation syndicale », Alice Cardoso, Catherine Remermier, Carnets rouges, n°7 juin 2016, Enseigner : quel travail ?
Un article collectif a été publié à nouveau dans Carnets rouges en 2023.
« S’attaquer aux dilemmes de métier pour préserver la qualité du travail », Secteur métier du SNES-FSU, Carnets rouges, n° 28 mai 2023, Devenir et rester enseignant
En octobre 2024 s’est tenu un colloque interdisciplinaire (sociologie, economie, psychologie) « Le « sens du travail » : enjeux psychiques, sociaux et politiques de l’activité » au Cnam à Paris réunissant plusieurs instituts et laboratoires. Le secteur métier du Snes-FSU avait été retenu pour y faire une communication.
Un article doit être publié en 2026 dans la revue de l’Institut de Recherches économiques et sociales (IRES).
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